Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

granpapoo
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Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Messagepar granpapoo » Mardi 13 Février 2018 16:05

En créole martiniquais on dit: "Sa kréyòl kréyòlman yé ?" .
En créole guadeloupéen on dit :"Ka kréyòl kréyòlman yé ?"
Moi, je suis Martiniquais mais je préfère dire comme les Guadeloupéens. (J'ai mes raisons ! Je ne dis pas que j'ai raison : Je dis que j'ai mes raisons et qu'elles sont d'ordre grammatical.)
Au fait
, kréyòlman n'existe ni en créole martiniquais, ni en créole guadeloupéen, ni en aucun créole, à ma connaissance. Mais cela m'est égal : Je pratique le néologisme parce qu'on ne peut pas mettre le rhum nouveau dans les vieilles barriques. Dans cette série de messages je prendrai le temps d'expliquer pourquoi.
Je répète ma question inaugurale
: KA KREYOL KREYOLMAN YE ?

Je vais même répondre tout de go à cette question et d'une manière typiquement martiniquaise : Yo d ou w kréyòl sé an lang. Men yo pa d ou w kalté lang kréyòl la yé. Mwen pé asiré w, magrésa, kréyòl sé lang Négritid la.
Je ne racialise pas la question linguistique. Je fais, tout simplement, comme Aimé Césaire : Je renvoie à un humanisme qui appelle un chat un chat. Le créole est une langue de négritude.
La négritude est une manière particulière d'apprendre à être vraiment "humain", authentiquement "humaniste", "fondal-natal-ment" "anti-raciste" qu'on soit noir ou blanc ou métis ou tout ce qu'on veut. C'est une manière particulière et particulièrement exigente d'apprendre. La Négritude est culturelle. Le grand Césaire en était-il capable ? Pas tant que ça ! La preuve : Il était créole et créolophone mais pas créoliste ! Et moi, qui suis soi-disant créole, créolophone et créoliste. En suis-je digne ? Encore moins que Césaire, bien évidemment. Et certainement, encore moins que toi, lecteur !
Et c'est là, la première leçon du créole de négritude : Le devoir d'humilité.

Le devoir d'aller droit au but et de ne surtout pas feindre la modestie.
" Pa fè ganm anlè tè a !"

granpapoo
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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Messagepar granpapoo » Mercredi 14 Février 2018 09:16

En 1549, autrement dit an tan djab té tibolonm, le poète français, (je dis bien le "poète"car la linguistique n'existait pas), Joachim du Bellay, rédigeait un texte célébré, de nos jours, comme le "manifeste" de l'émergence du français littéraire, le "manifeste de "la Pléiade" : "La Défense et Illustration de la langue française".
Kijan nou pé rivé défann èk montré lang kréyòl la ? Mi an kèsyon ki fondalnatal pou Potomitan, mi kèsyon an ki se potomitan Karibendyen an !
Es nou byen tann épi konprann kréyòl sé lang ki pli dé-nigré asou latè ? Es nou byen byen tann "nèg" andidan "dé-nig-ré" ? Es nou byen byen byen miziré konté sa ? Awola ! Chimen kréyòl la. Es nou adan y ? Es nou déwò ? La nou yé ?
Prété mwen di w sa : Ni dé chimen kréyòl : Tala ki gran ki bèl ki ni lajan ki ni lonè ki ni syans lan épi y. Sé chimen chiraj ! Tala ki piti, ki tou piti, ki sé chimen razyé, ki sé chimen kritiké, chimen san ayen, chimen moun sèl, sé chimen yonnité ! Toutmoun ka drivé anlè mové chimen èk mwen ka konprann fè yonnité tou sèl pa fasil. Men sonjé koté nou ka alé sé adan an gran twou.

Il y a une urgence haïtianiste absolue à doter le créole de tous ses titres de noblesse :
¤ koinè / dialectes
¤ académie créole haïtienne / orthographe, dictionnaire et grammaire
¤ norme commune / adaptation de cette norme à chaque créole insulaire ou territorial
¤ racine "afro" /bilinguisme ou trilinguisme.
La Norme Créole doit être sans cesse affirmer, soutenue, amplifiée. La standardisation doit être renforcée. Pour autant, personne n'a vocation à incarner le créole à lui tout seul. Il n'y a pas de pape créole et nulle institution n'est infaillible.
Le créole n'est pas seulement un "fait" linguistique, synchronique ou même diachronique. Il est aussi et surtout un mouvement, une dynamique, une révolution culturelle, une école de précision, de prudence, de précaution oratoire et de prise de recul.
Le créole est une école d'humilité.

granpapoo
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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Messagepar granpapoo » Mercredi 14 Février 2018 18:12

Les linguistes s'autorisent à dire que nos créoles sont les langues créoles à base lexicale française ou bien les langues créoles à base française ou même les langues créoles françaises. Men kimoun nou yé ?
Pour répondre à cette question il faut considérer deux axes : L'axe historique et l'axe géographique.
L'axe historique commence avec l'esclavage de femmes et d'hommes africains d'où l'expression "créole de négritude".
L'axe géographique comprend dix-sept espaces : Deux espaces de résurgence créole et quinze espaces d'émergence créole. Il existe deux zones d'émergence. L'une se trouve dans la Caraïbe et l'autre dans l'Océan indien. Dans ces deux zones le créole est parlé dans treize îles et dans seulement deux territoires continentaux.
Koté nou yé ?
1. la Dominique
2. la Grenade
3. la Guadeloupe
4. la Guyane
5. Haïti
6. la Louisiane
7. la Martinique
8. l'île Maurice
9. la Réunion
10. Rodrigues
11. Saint Barth
12. Sainte-Lucie
13. Saint Martin
14. Les Seychelles
15. Trinité et Tobago
16. Amapa (Brésil)
17. Saint Louis (Nouvelle Calédonie)

Cet inventaire, à lui tout seul, suffit à démontrer combien l'objectif d'unité créole est un projet trop ambitieux.
Et c'est précisément parce que nous avons cette ambition démesurée, surdimensionnée, qu'il nous faut redoubler d'abnégation.

Two présé pa ka fè jou wouvè.

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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Messagepar granpapoo » Jeudi 15 Février 2018 21:08

Qu'est-ce que les Martiniquais peuvent apporter, modestement, au débat ?
Moi, culturellement, je m'inscris dans la lignée de Césaire : Je nous considère comme en état de "légitime défense".
Aux temps pourris de l'esclavage, en effet, les colons avaient pris la sale habitude de diviser et de subdiviser les peuples et les individus créoles pour mieux régner sur eux, pour mieux les anéantir, pour mieux les écraser. Ils avaient adopté ce lamentable réflexe de séparer les êtres humains les uns des autres :

papa manman èsklav / timanmay yo vann ba dòt mèt,
bétjé / nèg,
blan / nwè èk sanmélé,
gwotjap / moun ki pa ni lajan,
instruits /privés de droits et notamment des droits à l'éducation.

Ce régime de l'apartheid tous azimuts nous est insupportable. Y résister est naturel pour nous. Mais le combattre, voire le renverser pose d'infinis problèmes :
Ceux qui s'imaginent que la langue créole est faite pour séparer les francophones et les créolophones n'ont rien compris au film. Nous sommes une force d'inclusion, par définition, et c'est comme cela que, nous, nous sommes une force !

"Men fout fanm fò fout lè fanm fè tan fè fòs ki fò !"
Ceux qui confondent "normes" et "dogmes", soit pour les rejeter, soit pour les diffuser font fausse route. Ils dé-pensent inutilement le créole.
"Rèspé man ka mandé. Rèspé ba pèp mwen. Rèspé ba péyi mwen." Rèspè ba kréyòl nou.
La neutralité n'existe malheureusement pas pour nous. Et l'engagement dans cette direction n'a rien d'évident !
Si nous voulons reconstruire nos familles il nous faudra respecter toutes les formes de familles, y compris les familles recomposées. Il nous faudra respecter différents modes de vie, y compris ceux qui nous déplaisent pour des raisons que nous pensons morales. Je sais pertinemment que c'est un idéal très difficile à atteindre. Je sais qu'on peut avoir l'impression de se dédire, de se tromper. Rien n'est simple en la matière et tout n'est pas immédiatement possible ! Je sais qu'il y aura des souffrances et des échecs. Le minimum, quand c'est possible, est d'ouvrir le dialogue pour construire le chemin qui nous manque.

Si l'on veut vraiment en finir avec l'apartheid maître/esclave, il faut promouvoir la citoyenneté. Le cadre historique et géographique de cette citoyenneté n'est jamais négligeable.
Si l'on veut vraiment en finir avec le racisme, il faut combattre toute forme de discrimination car la race n'a aucune existence réelle. C'est plus facile à dire qu'à faire. Il faut, par exemple, prôner activement l'égalité femme/homme et avancer dans cette direction. Je ne dis pas que c'est évident. Je sais que cela peut choquer certains. Je sais que le sociétal doit évoluer mais qu'il faut trouver les mots, les lois, pour que ces changements soient réels et non fortuits.
Si l'on veut vraiment que les différences indécentes de richesse disparaissent, il faut penser des réformes agraires et redéfinir le mode d'industrialisation, il faut optimiser l'accès au numérique.
En ce qui concerne le droit à l'éducation il faut penser un enseignement laïc, en langue créole, qui soit compatible avec une pratique du bilinguisme, voire du trilinguisme.
Et je n'ai même pas parlé de l'importance d'allier l'humain et la nature.

Atjòlman, pwoblenm lan yé : " Ka nou ka fè ?". Pou fè, toujou ni pou fè. Vré pwoblenm lan yé : "Kimannyè nou pou koumansé ?"
Nou byen sav ni anlo moun ki ké réponn : "Ba sé moun an manjé. Mi prémyé bagay ou pou fè, tonnan!" Es nou ké ni kouraj ba yo tò ?

"L'homme ne se nourrit pas que de pain ! "
Nous sommes quelques uns à proposer de re-commencer par la langue. A moins que...

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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Messagepar granpapoo » Vendredi 16 Février 2018 09:23

Lè man ka konté (sa man ka kriyé an krikrak) man ka rakonté an listwè ki toujou trè tris (s ou byen gadé). Men man pa ka rété ri bon ri. :D
Krik... krak... Konpè Lapen té lé alé o bal. Men i pa té ni ayen : Pyès chouval, pyès bèl rad, pyès bèl soulyé. I alé twouvé Konpè Rina èk i koumansé pléré gwo dlo ba y. Es ou konprann Konpè Rina té lé rédé y ? ... Krik...krak

Lorsque je raconte un conte de fées, c'est toujours une histoire "royale" avec une "happy end" pourtant (et a contrario du krikkrak), en la racontant, je ne ris pas forcément. Il était une fois une jeune fille qui arriva un jour de pluie à la porte d'un château royal et qui frappa dans l'espoir qu'on lui ouvrirait. Le roi, par hasard, la vit et ...
Quelque part, l'explication de ce rire créole que le système et ses intellectuels prennent volontiers pour une forme de crétinisme vient d'un mouvement de l'âme qui s'inscrit dans la sortie de l'urgence. A contrario, les histoires de princesses et de princes nous racontent les tourments "sérieux" des enfants de l'abondance.
Lè an pèp osawa an krèy adan pèp la ka koumansé manjé pou plen bouden y, i kontan zafè y : "Mèsi Bondjé, gadé tousa lanati pòté ban nou ! "
Ce sont les situations d'urgence humanitaire qui nécessitent que le curseur soit placé au niveau du vital, de l'alimentaire, du logement. Mais sitôt sortis de l'urgence absolue les peuples qui ne possèdent pas vraiment de bien matériels ont un besoin évident de biens "spirituels". Cela a le don d'énerver et d'inquièter les bourgeois de tous poils qui crachent sur "leurs" religions, "leurs" patries et "leurs" identités. Sauf que...
Lè man ka palé kréyòl man ka di : Yo lévé ! :D
Quand je parle français je dis : Il y a comme un Eveil ! :oops:
Lè man ka palé kréyòl man ka di : Apatoudi yo lévé, yo lévé mové, menm ! :cry:
Quand je parle français je déclare : Parler d'un Eveil ne suffit pas, il faut prendre en considération le mécontentement populaire. :mrgreen:
Lè man ka palé kréyòl man ka mandé : "Koté disparèt pran yo ?" :?:
Je traduis approximativement en français : Quelle est la cause de leur départ ? :!:
Yo téka pran bon fè. :o
:evil: Ils souffraient.
:? Siklonn lan krazé kay yo.
:twisted: Le tremblement de terre a détruit leur cadre de vie.
8) Yo enmen Madinina magre sa.
:wink: Ils aiment La Martinique en dépit de tout.
:lol: Mwen ka di : Yo sé Madininé !
:arrow: Je prétends qu'ils sont Martiniquais.
Mieux qu'une théorie sur la traduction ou la spécificité des langues ces quelques lignes basiques nous aurons donné à voir qu'on ne pense pas de la même façon en français et en créole. Je sais que c'est évident. Mais avant d'enfoncer les portes fermées sur la nature du créole, il faut enfoncer les portes ouvertes qui sont autant de piqûres de rappel.
Di man ka di sa, man poko di ayen !

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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Messagepar granpapoo » Vendredi 16 Février 2018 17:29

A partir de là, il ne faudra pas hésiter à dire ce que le créole n'est pas, à le dire étape par étape, quitte à se répéter, quitte à paraître lourd, comme pour déminer le terrain, commez pour dégager un chemin.
Ka kréyòl kréyòlman yé ?
Pli mové répons Babilonn ké ba w (men an réyalité i péké ba w li) sé : "tinèg" !

L'idée qui est sous-jacente est que les esclaves seraient trop "bêtes" pour apprendre le français et que par conséquent le "petit nègre" serait l'expression d'un échec linguistique, celui d'une population "incapable" de maîtriser l'idiome de Voltaire.
"Petit nègre" est tellement manifestement raciste que plus personne n'oserait employer une telle expression ( à part peut-être Donald Trump !).

Konnouyélaa nou péké ladjé mo tala "tinèg" difèt i rantré nan fondòk lèspri lo langwis.
Alors que faut-il faire ? Il faut rappeler ce qu'a été le Code Noir :
Le "Code Noir "a été une Ordonnance royale ou Édit royal de mars 1685 traitant du statut des esclaves africains et de leur descendance dans les îles françaises colonisées. Il faut savoir que Louis XIV règne sur la France de 1643 à 1715. C'est donc sous son règne que l'esclavage français acquiert un statut juridique explicite. Or, qu'apprend-on en parcourant ce fameux Code Noir (qui sera réactualisé régulièrement au cours de l'Âge Classique).
Premièrement, que les Noirs sont des "meubles". Vous avez bien lu des "meubles", autrement dit pas des hommes, pas des animaux, des objets ! ! !
Deuxièmement, qu'il est interdit aux Noirs de parler une langue africaine ou de pratiquer une religion africaine. Les esclaves sont donc condamnés à parler français et à se convertir au catholicisme !
Troisièmement, que tout regroupement d'esclaves qui ne soit pas totalement lié à l'activité laborieuse est formellement interdit.
Le clergé va donc être chargé d'évangéliser et d'alphabétiser la population mise en esclavage. C'est donc lui qui va, officiellement, pratiquer le "petit nègre" ou si l'on préfère le "petit négrier".
Le génie des esclaves sera de se servir de ce français simpliste ainsi que d'autres lectes et langues pour construire une véritable langue.
Qu'on ose accuser les Noirs d'avoir "mal parlé" le français est donc le comble du comble :
Non seulement les Noirs ont été victimes d'un ethnocide,
non seulement ils ont été obligés de parler un simulacre de langue française, un langage bricolé "pour" eux et certainement pas par "eux"
mais en plus ils ont été capables de créoliser la matière linguistique dont ils disposaient
autrement dit de tout restructurer et de tout lexifier
au point d'institutionnaliser un outil linguistique capable d'exprimer leur symbolique, une langue.
Et c'est ce chef d'oeuvre collectif qu'on ose appeler "petit nègre" pour culpabiliser et humilier des populations dont on espère qu'elles vont intégrer ce jugement négatif, anachronique et injuste comme une vision perverse et inversée ou l'agresseur devient la victime.
A chaque fois qu'on vous dira "petit nègre" répondez : "Nos ancêtres ont relevé le défi linguistique qui leur était imposé et ils l'ont fait avec brio !"
A chaque fois que l'on essaiera de vous piéger en opposant le français et "votre" créole répondez qu'Aimé Césaire était agrégé de grammaire française.

WOULO BRAVO BA SE ZANSET NOU AN ! WOULO BRAVO BA CESAIRE !
Le problème c'est que l'on vous dira rarement, ouvertement, que vous parlez "petit nègre".
On parlera avec emphase d'un "pidgin" qui serait à l'origine de "votre" créole, une origine que l'on présentera comme "mystérieuse". C'est pour cela que "notre" prochain message sera consacré aux pidgins !

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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Messagepar granpapoo » Samedi 17 Février 2018 12:59

J' avais précédemment dénoncé l'invention d'un lecte du français que j'appelle le lecte clérical/colonial. Nous avions vu que c'est ce "lecte" qui a été baptisé "petit nègre" et j'avais dit tout le mal que je pensais de cette appellation.
Mais je vous ai aussi mis en garde contre un terme apparemment convenable, apparemment neutre, apparemment scientifique, qui est parfaitement adapté à un autre contexte linguistique et qui est utilisé de façon impropre pour dire de manière policée ce que l'injure disait de façon brutale. Malheureusement, il est ausi utilisé, parfois , par des créolistes qui croient bien faire. Ce terme c'est "pidgin".
Qu'est-ce qu'un pidgin ? A l'origine c'est une langue intermédiaire entre deux langues bien précises : Le chinois et l'anglais, au dix-neuvième siècle.
La synthèse entre les deux langues n'était pas évidente au plan phonologique parce que le chinois est une langue de tons, ce qui veut dire concrètement qu'en mandarin une même syllabe peut être prononcée de quatre façons différentes. Chaque prononciation étant associée à un sens différent. De plus les phonèmes chinois sont très différents des phonèmes anglais.
La synthèse phonologique était aussi compliquée par le fait que l'anglais possède des voyelles longues et des voyelles brèves qui, elles aussi, sont associées à des significations différentes.
De plus, au plan culturel, le chinois est une culture asiatique qui n'est pas vraiment semblable à la culture occidentale surtout au dix-neuvième siècle. Sous l'influence du taoïsme, par exemple, les contraires sont pensés comme complémentaires et la religion n'est pas nécessairement associée à la croyance en un dieu ou en des dieux. Bref, il y avait de nombreux obstacles sémantiques et phonologiques à une adoption immédiate du chinois par des anglais et vice versa.
Le pidgin est né de la volonté commune de chinois et d'anglais de commercer. Il a donc fallu créer une entité linguistique intermédiaire, suffisamment simple pour être à la portée de tous et suffisamment riche pour autoriser un véritable dialogue commercial.
Quand l'on veut, avec un minimum d'honnêteté intellectuelle, généraliser l'usage du mot pidgin, ce qui pourrait être légitime, il faut respecter le cahier des charges suivant :
Une langue A,
une langue B,
mises en présence de façon "permanente" pendant une période historique
et une langue intermédiaire C qui rend la communication entre les locuteurs de A et les locuteurs de B possible.
Le pidgin correspondant à un besoin de communication professionnelle.

Annou gadéwè atjòlman sa ka fèt akay nou :
Sioka nou ka di té ni an "pidjin", sa nou lé di sé : Té ni
an lang A, fransé a,
an lang B ki téké an lang afritjen,
èk an lang mitan ki téké an lèk labé/bétjé,
yo téka sèvi lè nèg téka travay ba bétjé a.

Or, cela est impossible et donc faux. L'hypothétique langue africaine n'existe pas et pour cause, nous l'avons déjà dit, de législation ethnocidaire, celle du Code Noir, qui en interdit absolument l'usage.
Il y a donc bien eu émission d'un lecte clérical/colonial en direction des esclaves noirs mais ce n'était pas un pidgin et ce n'était pas non plus le créole.
Le protocréole relativement à ce lecte clérical/colonial c'est ce que nous appellerions aujourd'hui un lecte de théologie de libération à vocation vernaculaire.

Ka kréyòl kréyòlman yé ?
Kréyòl pa pyès tinèg.
Kréyòl papyès pidjin.
Manmay annou alé !


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