Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

granpapoo
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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Message par granpapoo » jeudi 22 février 2018 07:38

Grâce à une nouvelle série de messages j'expliquerai ultérieurement comment nous pouvons, tous ensemble, promouvoir et développer notre langue.
Men jòdijou sa mwen té lé fè sé di : "Mèsi".
Mèsi ba Potomitan.
Mèsi ba sé moun an ki li sé mésaj tala.
Mèsi ba tout sé kréyòlis la ki yo dakò ki yo pa dakò épi mwen.

Je sais que les forces de divisions sont nombreuses et variées.
Je sais que, comme d'habitude, nous sommes dans la tourmente.
Mais l'école du créole est une école d'unité, d'humanité et d'humilité.

Tjenbé rèd pa jen moli, frè !

granpapoo
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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Message par granpapoo » lundi 23 avril 2018 17:00

Il est facile d'affirmer après la brillante démonstration de Michel Degraff que l'exceptionnalisme créole est hors sujet.
Mais qu'en est-il de la part positive de notre discours ?
Que dire, en effet, à l' âge classique, du lecte clérical/colonial et du lecte servile/colonial ?

You know what ? You have to look after two kinds of African American traditional musics :
[*]Negro Spiritual (for example "Go down Moses" of Louis Armstrong) and
[*]Work Songs (for example "Hoe Emma Hoe")
And if you agree to transpose, it's very easy to note that :
[*]Negro Spiritual matches with the colonial/clerical lect and
[*]Work Songs match with the colonial/servile lect.[/color]
Très bien, me direz-vous, mais retrouve-t-on cette dichotomie dans les langues créoles ? Et la réponse est "Oui" !
Comment le démontrer ?
Premièrement, grâce aux Guadeloupéens : Pendant la période de Noël, en effet, les gens chantent volontiers des cantiques qui ne sont pas n'importe quels cantiques mais des chants traditionnels. On appelle cela le "Chanté Nwèl". Je sais, vous allez me dire qu'on fait la même chose en Martinique , en Guyane ou en Haïti. Je sais mais revenons si vous l'acceptez aux Guadeloupéens : Nous pouvons dire qu'ici le registre du Negro Spiritual s'exprime notamment sous la forme du "Chanté Nwèl". Nous pouvons aussi noter que dans la musique dite de Gwoka nous avons sept rythmes et parmi eux nous en avons trois qui relèvent de ce que nous pourrions appeler les Work Songs guadeloupéens : le "Graj", le "Woulé" et le "Padjanbèl". Ces trois rythmes sont des rythmes de travail.
Deuxièmement, grâce aux Guadeloupéens
et aux Guyanais, autrement dit au vouvoiement et au tutoiement.
Les clercs utilisaient volontiers le vouvoiement : "Je vous salue Marie, Mère de Dieu, vous êtes bénie d'entre toutes les femmes..."
Les commandeurs, eux, utilisaient facilement le tutoiement. (C'est logique puisque le commandeur était un "Noir" parmi les "Noirs".)
Sous les tropiques du "français créole" un lecte colonial était soit

[*] un lecte de tutoiement soit
[*] un lecte de vouvoiement.
Autrement dit, (si nos remarques sont justes) soit
[*] un lecte servile/colonial de tutoiement soit
[*] un lecte clérical/colonial de vouvoiement.
Dans le français contemporain la liste des pronoms personnels sujets est "je, tu, il (elle), nous, vous, ils(elles)" alors que dans les lectes coloniaux on utilisait l'équivalent de
[*]"moi, toi, lui, nous, vous, eux" en ce qui concerne le lecte de tutoiement
[*]"moi, vous, lui, nous autres, vous autres, eux autres" en ce qui concerne le lecte de vouvoiement[/color]
Sauf que "oi" se prononçait "oé"(diphtongue) ou "wé"(monophtongue)
Ce qui donne

[*]"moé, toé, lui, nou, vou, eu" pour le commandeur et
[*]"mwé, vou, lui, nou, vou zòtr', eu" pour le prêtre.[/color]
Que nous pouvons comparer aisément avec
[*]"mo, to, li(/i), nou, zòt , ye" pour le créole guyanais et
[*]"mwen(/an), vou(/ou/w), i/y, nou, zòt(/zò), yo" pour le créole guadeloupéen[/color]
Facile, me direz-vous, de comparer le créole guyanais et le créole guadeloupéen mais qu'en est-il des autres créoles ?
Nous pouvons les classer en trois catégories :
1. les créoles issus du tutoiement comme le guyanais et le mauricien
2. les créoles issus du vouvoiement comme le martiniquais, le guadeloupéen, le saint-lucien, le haïtien et le seychellois
3. les créoles issus du tutoiement et du vouvoiement comme le réunionnais

Konnouyélaa nou pé di konsa : An tan lontan té ni dé lèk "avankréyòl" :
[*] lèk koumandè a èk
[*] lèk kiré a.[/color]
Mais attention, la fusion de ces deux lectes, augmentée de l'influence du français créole, ne nous donne pas le créole mais le protocréole. Pourquoi ? Parce que le créole est une langue de négritude pas de servitude ! N'allons donc pas trop vite en besogne.
D'autre part, tous les créoles ont eu un lecte de vouvoiement et un lecte de tutoiement. Lors de la fusion, souvent, l'un des deux lectes a pris le dessus pour des raisons qu'il nous faudra expliciter, plus tard. Chacun aura compris qu' à aucun moment je n'ai voulu dire qu'il fallait "vouvoyer" les Guadeloupéens et "tutoyer" les Guyanais ! J'ai juste voulu en tant que Martiniquais saluer les soeurs et frères Guadeloupéen(ne)s ainsi que les soeurs et frères Guyanai(se)s. A elles et eux tou(te)s "Honneur et Respect" !
Pour l'instant il faut rester prudent et humble. Cette démonstration ne prétend à rien d'autre qu'à faire avancer notre compréhension de nous-mêmes. C'est tout !

granpapoo
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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Message par granpapoo » lundi 23 avril 2018 20:00

L'heure est venue, à présent, d'expliquer comment s'opéra la fusion des lectes coloniaux. Sur les habitations de la Martinique et plus tard sur les plantations, elle fut associée à des circonstances à la fois tragiques et, paradoxalement, favorables.
Fodra nou sonjé, magrésa, lakanpay anlo nèg téka mò toulongalé difèt yo téka pran twòp fè, difèt tjè yo té brisé menm, difèt tout kalté maladi téka anni tonbé anlè yo pou tjé yo. Men lanmò téka blijé moun fè sérémonni rélijièz. Ek sa ki pli enpòtan parapòt a kréyòl la mi li m : Pèsonn pa té pé baré wout sé èsklav la, pèsonn pa té pé tèdi yo rann omaj ba an mò !
De sorte que la veillée mortuaire, et tout particulièrement la veillée mortuaire en milieu agricole, autorisait linguistiquement ce que le système interdisait. Elle rassemblait les Noirs et leur permettait d'exprimer leurs sentiments relativement au défunt et donc elle ouvrait un espace de parole, un espace de créolité, un espace qui permettait de réconcilier la langue du travail et celle de la prière.
"Libera pa fèt pou chen". Té ni lanmò èk té ni lavi konsidiré adan an téyat.
Et, je profite du langage du théâtre pour parler du "in" et du "off" : Le "in" étant consacré au défunt et le "off" étant animé par les conteurs, les danseurs, les maîtres de l'oraliture, de l'art de dire et d'exprimer corporellement, vocalement compris, soutenu par des symboles ou des musiques. En Martinique, nous avons un mot magique pour dire cette oraliture : "Majolay"
Voilà pourquoi une académie française est une façon de réguler la langue à partir de sa grande littérature alors qu'une académie créole est d'abord une façon de réguler sa langue par rapport à sa petite oraliture : ses proverbes, ses contes, ses chansons, ses interviews, ses reportages, ses courts métrages, ses articles militants ou ses prières et ses cantiques, voire ses mots (oui tout simplement ses mots !) Il ne s'agit pas, bien évidemment, d'enfermer le créole dans "la petite oraliture" mais d'en reconnaître le rôle fondamental.
Sa ki natifnatal, sa ki fondalnatal, mi sa ki kréyòlman kréyòl. Alòs ka kréyòl kréyòlman yé ? Nou téké pé réponn : "Mi sa i yé wi !" Men nou téké bliyé zafè a répondè. Ni dé bagay nou pou konprann : Jan lavwa ka bay èk mannyè sé répondè a ka réponn li.
Je me souviens du temps déjà révolu où l'on se demandait s'il fallait écrire le créole de façon "étymologique" ou de façon "phonologique". Dans d'autres cultures des spécialistes auraient décidé pour le peuple mais chez nous c'est le peuple qui a décidé d'écrire de façon phonologique. Ce mouvement de bascule entre les linguistes et les locuteurs est caractéristique de la manière créole d'avancer. Nous ne sommes pas divisés. Toute sa vie durant Jean Bernabé a essayé non pas de valoriser ses idées mais de se mettre au service du peuple créole. Hector Poullet fait de même et Raphaël Confiant n'a rien fait d'autre qu'essayer de répondre à la demande sociale et culturelle.
Nou pa chiré. Nou tout ka fè menm travay la. Kouté pèp la pou tann lavwa y , tann lavwa y pou konprann sé répondè a.
A la mort du chanteur et flutiste martiniquais Eugène Mona il n'y avait pas des Martiniques dans les rues mais une seule Martinique faite de tous les répondeurs qui rendaient hommage à sa Voix. Et parmi les spectateurs créoles du film d'Euzhan Palcy où il jouait, il n'y avait pas des gens de telle île ou de telle autre mais tout un peuple unifié par une parole vraiment créole. Eugène Mona disait « Je suis un enfant du Marigot qui veut toucher à l’universel… C’est possible, non ? » Et quand je l'ai rencontré, il m'a écrit sur une pochette de disque ce qu'il devait dire souvent : "Lavi sé an bèl bagay nan lékilib èk lanmonni."
Au coeur de la tristesse et de la mélancolie, le créole a toujours su se tracer une route d'amour, d'espoir et de liberté. Je le dis en toute humilité. Je le dis avec fierté.
Wè mizè pa mò !

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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Message par granpapoo » jeudi 26 avril 2018 20:26

Mais, me direz-vous, vous ne nous avez toujours pas expliqué l’essentiel, autrement dit comment l’on passe du “protocréole” au “créole proprement dit" et malgré tous vos discours nous ne savons toujours pas ce qu’est le “créole”, nous n'avons toujours pas vraiment répondu à la question"Ka kréyòl kréyòlman yé ?". Votre humilité c'est de l'incapacité à parler de ce qui est au coeur du sujet ! Vous avez raison. Mais si j’ai tardé à donner ma réponse c’est parce qu’elle est inattendue et qu'elle pourrait aisément passer pour "idéologique" et "partiale".
Rappelons-nous que le “protocréole” se situe (via les veillées mortuaires) à la synthèse des “lectes coloniaux” et du “français créole”. Rappelons-nous que les généticiens du créole se posent tous ou presque la question du “comment”. Nous avons vu, d’autre part, que les réponses données par ces chercheurs de “comment” ont toutes été invalidées. L’heure est donc venue de nous poser la “véritable question” et en fait, la véritable question à se poser n’est pas “comment” mais “” !
Cette question du " " tient à un double paradoxe :
1. Le "français créole" a pour référent le "français classique" du Royaume de France,
2. le "créole français" a pour référent le "créole émancipé" des Nègres Marrons.
Ce qu'il faut noter c'est que les deux référents linguistiques des langues coloniales sont situés à l'extérieur de la zone coloniale proprement dite (habitation + plantation).

Pou byen konprann sa fodra ou gadéwè té ni twa koté.
Frans = Wayonm Frans lan
Koloni = Tè bétjé a
Kan = kan sé mawon an
Adan péyi Frans lan moun ka palé “fransé”.
Adan Kan an moun ka palé “kréyòl (Mi lang lan rivé ! )
Adan Koloni a moun ka palé dé lang “fransé kréyòl” èk “kréyòl fransé”
Kivé di ni dé kréyòl : Kréyòl bòkay èk kréyòl fransé.

En langue française l’on pourrait parler de trois territoires :
Le Royaume = Le Royaume de France
La Colonie = L’Habitation + la Plantation
Le Maquis = La terre des Résistants (à l’Esclavage) ou Marrons
Le “français classique” est la langue du Royaume.
Le “créole” est la langue du Maquis.
La colonie est bilingue. Elle parle “français créole” et “créole français”.

Ki fèt “kréyòl fransé” té konnèt dé potomitan : Prémyé a sé kréyòl sé mawon an èk dézyenm lan sé fransé (métwopoliten) .
Nou sav tou, da kréyòl téka élivé yich bétjé, ki fèt té ni dé potomitan fransé kréyòl la : Prémyé a té fransé Frans èk dézyenm lan té kréyòl.

Ainsi, les deux langues soeurs que furent le “créole français” et le “français créole” eurent-elles toutes les deux des normes de référence extérieures à l’espace colonial proprement dit : La norme métropolitaine et la norme marronne. Le problème c’est que la lutte d’influence ne fut pas égale. L’Académie française bénéficiait du support de la Grande Littérature Française alors qu’il n’existait pas d’académie créole marronne et que la Petite Oraliture Marronne n’était pas facile à standardiser.
Ce qui est subtile c’est que le “protocréole” ne deviendra le “créole” que grâce au “créole des marrons”. Je sais que cela peut paraître incroyable mais pour bien le comprendre il suffit de se rappeler que dans les années 1950 en Martinique, par exemple, au lieu de dire le “créole” on disait encore le “patois”, (comme si le créole n’était pas une langue mais un simple langage provincial de langue française ! ) Ce qui démontre que la population ne s’autorisait pas à penser en termes de marronnage culturel.

In his song “Redemption Song” Bob Marley sings two verses that match with this reality : “Emancipate yourselves from mental slavery
None but ourselves can free our minds”
The emergence of Creole requires a new mentality, the mentality of the Maroons.

Ce qui concrètement implique que dès le départ il y eut un débat incessant entre deux créoles : le "créole de terroir"et le "créole français"(kréyòl bòkay èk kréyòl fransé) , d'où l'existence de doublons (qui venaient la plupart du temps tous les deux du français ! ) :
Pou nou byen konprann ka kréyòl yé èk ka kréyòl kréyòlman yé nou ké chwazi dé mo : “batay” èk “goumen”. Annou gadé sé dé fwaz tala :
1. Mi batay mwen.
2. Mi goumen mwen.
Sé dé fwaz la sé dé fwaz kréyòl. Men prémyé a sé kréyòl ki kolébò fransé klasik la toupannan dézyenm lan sé kréyòl ki kolébò fransé mawon an.
Sa ka fè mwen sonjé sa Rafayèl Konfyan téka kriyé "Lwa dévyans maximal la". Lwa tala ka fè nou sonjé "mawonnaj langwistik la"
3. Nou ka itilize kréyòl la anpil.
4. Nou ka sèvi kréyòl la anpil.

En fait, toutes ces phrases sont créoles mais,
les phrases 1, 3 sont “créoles françaises classiques” quand
les phrases 2, 4 sont “créoles françaises marronnes”.
Les créolophones savent que nous pourrions multiplier les exemples de ce type à l’envi. Et qu'aujourd'hui encore il serait aisé d'opposer "tranbleman tè a" et "goudougoudou a"
En conclusion, notre langue créole est née du marronnage, même si le matériau linguistique auquel elle a puisé et qu’elle a modifié, lui, émerge en pleine zone coloniale française.
D'entrée de jeu le créole est complexe parce que ses pôles référentiels sont situés hors de l'espace colonial proprement dit, qui est pourtant l'espace de vulgarisation de la créolité. Il nous faut donc faire preuve de beaucoup d'humilité pour dire cette problématique de l'extrême complexité.
Bref, cette série thématique s’arrête là, où une autre commence sur un thème complémentaire mais plus contemporain : celui de “la double palabre” ...

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Re: Ka Kréyòl kréyòlman yé ? ou le devoir d'humilité

Message par ayaanleo » mardi 28 août 2018 07:15

Linguists allow themselves to say that our creoles are Creole languages ​​based on French lexical or Creole languages ​​based on French or even French Creole languages. Men kimoun nou yé?
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